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27/10/2016

Où la justice n'est pas toujours celle qu'on croit...

Mon père était heureux dans l'exercice de sa profession. Il maîtrisait son métier avec la rigueur qui lui était propre. Il représentait la Loi. L'image d'Epinal, le garde-champêtre et le braconnier est récurrente mais toujours vérifiable.

Autour des années 65, mon père rencontra un souci avec un triste sire. Il s'appelait  Longo.  A plusieurs reprises, ce dernier avait tenté d'acheter le représentant de la Loi. Tout d'abord, de façon détournée: le sourire aux lèvres, Longo venait à la maison et discutait avec grande sympathie.

L'épisode qui a marqué mon esprit, c'est le jour où Longo nous a ramené un pain de crème glacée. Quelle aubaine !                                                                                                            Hélas, mon père, l'incorruptible, n'a pas accepté le présent que notre visiteur ne voulait pas reprendre. Tout n'était peut-être pas perdu pour nous les gosses?   Que nenni ! Sur ordre de mon père, nous sommes allés enterrer ce cadeau dans le jardin et nous pûmes dire adieu à ce dessert espéré. Je revois encore la scène et l'endroit du drame. La glace était-elle au chocolat ou à la vanille? Noir ou blanc? Corrompu ou non?

L'affaire du braconnier ne s'était pas terminée là. Longo était un gars chaud de la gâchette. Il avait promis à ma mère de faire une belle veuve.

Un matin, vers six heures, le braconnier vint nous apporter un morceau de chevreuil.  Devant le refus catégorique de mon père, l'énergumène était reparti précipitamment en laissant la fameuse pièce de viande.                                                                                             Le cuissot fut amené chez les gendarmes avec un rapport des desseins coupables du braconnier, bien connu dans le secteur. En plus du fait que la chasse était actuellement fermée dans les Vosges, un procès verbal, reprenant la corruption de fonctionnaire et la menace de mort sur la personne, fut déposé.

L'affaire est passée au Tribunal et, contre toute attente, le sieur Longo fut...relaxé. Son avocat avait invoqué le fait que la chasse était ouverte sur le versant alsacien et que le chevreuil provenait de cette région. Nous étions à l'ancienne frontière franco-allemande, au col de Bussang et il suffisait de faire cinq kilomètres pour se retrouver en Alsace.

Ce fait n'a jamais été prouvé tout comme sa terrible promesse faite à ma mère.

Ce que j'avais retenu de l'histoire, c'était que ce vil individu devait être puni pour ses actes  et ses menaces. Je n'avais pas considéré le domaine judiciaire et le subterfuge qui avait permis d'innocenter Longo. Aujourd'hui, je comprends le rôle des avocats qui, pour sortir un gars de la "merde", racontent n'importe quoi avec une candeur et une persuasion qui frisent l'admiration.

Peut-on dire qu'il y ait une justice divine? Pour un athée, sincèrement non. Pourtant notre fameux Longo est mort électrocuté, deux ans plus tard, alors qu'il braconnait la truite dans un affluent de la Moselle. S'il n'y avait pas eu de châtiment sur l'affaire avec mon père, la justice avait frappé à son heure.

(Le Sabre et le Bâton - Extrait)

 

 

 

25/10/2016

Une "rentrée" en 1944...

L'entrée en cours préparatoire, le CP, fut, pour moi et mes camarades, une grande aventure. C'en était fini des collages, peintures et autres poteries. Il était question d'apprendre mais apprendre quoi? Pour sûr, cela ne pouvait être que très difficile.

L'inscription monumentale sur le fronton de l'école: "Ecole primaire des garçons", me fit comprendre que filles et garçons ne se mélangeaient pas. La séparation des sexes s'opérait de façon obligatoire et inéluctable. L'Administration avait mis une distance de deux cents mètres entre les deux écoles comme deux bastions qui se toisaient.

Mon premier contact, avec la cour de récréation, où se parquaient une centaine d'élèves, ne fut pas désagréable.  Des groupes de gamins se formaient en fonction des âges et de l'ancienneté; les petits avec le regard inquiet et les larmes au bord des yeux, serrant convulsivement leur cartable neuf comme pour en faire un rempart et les plus grands, blazés, faisant du genre.

Je n'étais pas traumatisé outre mesure. Mon naturel vivant et un peu indiscipliné m'aidait à tenir le coup.

La cloche, secouée avec vigueur, sonna le glas de nos états d'âme. Les choses sérieuses commençaient: se ranger deux par deux, la main sur l'épaule de l'autre devant, pour ne pas se perdre, pour ne pas se sauver et laisser l'autre seul.

-  Et en silence, s'il vous plaît ! Lançait une voix encore inconnue. Et puis avancer dans le long couloir où s'étiraient deux rangées de portemanteau, comme une haie d'honneur. Et enfin, profiter des derniers instants de bavardage avant de se retrouver en blouse grise, triste uniforme pour une triste journée.

Dans la classe, il régnait néanmoins une bonne odeur de cire et d'encre mélangées. De grandes cartes de France et de belles photographies de paysages décoraient les murs.

Trois rangées de pupitres en bois, doubles, avec les bancs d'un seul tenant qui étaient prêts à  accueillir nos honorables fessiers. Selon les affinités et les fraternisations récentes, les gosses se plaçaient deux par deux en se gratifiant d'un sourire timide.

Le visage sombre et les bras croisés sur le bois ciré, une autre vie s'ouvrait à nous. 

("Vivre heureux, Survivre heureux" - extrait)

 
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